Solidarité maritime

Difficile à imaginer. Fouras sans ses baigneurs, ses serviettes étendues sur ses plages, ses promeneurs, son petit train, ses restau-rants, ses hôtels, ses campings, ses pistes cyclables… Et pourtant ! Remontons le cours de l’histoire.
Nous sommes au milieu du XIXe siècle. A l’image des nombreux villages implantés le long des côtes françaises, l’économie de Fouras est essentiellement tournée vers l’activité halieutique.

Lorsque l’on parle de dépaysement, nul besoin

de partir nécessairement à l’autre bout du globe

pour se  retrouver coupé du monde actuel.

Vous avez envie d’un break ? De quelques heures,

d’une journée, d’une semaine ? L’île d’Aix vous attend : site naturel remarquable, affranchi du bruit

des voitures et dévoilant une diversité de paysages unique, vous y trouverez à l’envie le repos mérité

et les activités nécessaires à votre besoin d’évasion.

On vous emmène ?

Avec 15,4 kilomètres adossés à la mer, de nombreuses formes de pêches sont possibles. Des revenus complétés par la centaine de militaires stationnés dans les multiples forts construits à proximité (le fort Vauban, redoute de l’Aiguille, les forts Vasou et de la Rade…) pour protéger l’accès à l’arsenal maritime de Rochefort, établi depuis 1666.
Avec deux ports, un situé au nord et l’autre au sud du village, l’activité halieutique est vivace. Les hommes travaillent soit aux champs, soit en mer, voire les deux ! Près de deux cents bateaux, essentiellement des chaloupes de moins de 10 mètres, partent en mer presque quotidiennement jusqu’à l’entre deux guerres.
Bar, merlu, sole, maigre, anguille, mulet ou encore crevettes font partie des multiples poissons que l’on trouve dans les eaux du pertuis d’Antioche. Des produits frais qui sont vendus ensuite à la criée. Construite entre 1866 et 1868, elle fonctionna jusqu’au début de la Deuxième Guerre mondiale. Là, deux fois par jour - le matin de 4 h 30 à 8 heures et le soir de 17 heures à 21 heures - on y vendait sa récolte. Si la criée et les marins pêcheurs ont disparu, des traces subsistent. En effet, le bâtiment qui abritait la criée n’a pas totalement perdu sa vocation puisqu’il s’agit dorénavant de la halle aux poissons. Il y a aussi les petites maisons de pêcheurs, dont plusieurs subsistent encore aujourd’hui, principalement à proximité de la plage Sud. Bien sûr, elles ont laissé la place à de grandes demeures, souvent construites à partir de la fin du XIXe siècle avec l’arrivée de la mode des bains de mer, en provenanced’Angleterre.
D’ailleurs, même si la disparition des marins pêcheurs était prévisible, ils ont cohabité de nombreuses années avec les premiers baigneurs. « On recense encore en 1885, 260 marins pêcheurs », détaille Françoise Roby, passionnée d’histoire locale et qui a effectué des recherches sur l’Abri marin de Fouras.

 

Lutter contre l’alcoolisme et l’ennui
Et justement, que font les marins quand ils ne partent pas en mer ? Un marin à terre est un homme malheureux. A la fin du XIXe, on constate les ravages de l’alcoolisme qui touche cette population. Jacques de Thézac, ethnologue, photographe et philanthrope français, va militer pour offrir aux pêcheurs des locaux sains, chauffés, confortablement aménagés, des salles de réunion et d’éducation. Pour cela, il s’inspire des sailor’s homes britanniques.
Conscients du problème et de l’importance économique que représente le secteur de la pêche, les politiques s’emparent du sujet. Le 10 janvier 1893, sous la présidence de Sadi Carnot, une loi est alors votée par le parlement. Elle demande : « La création dans les ports français d’hôtels de marin […] ou de toutes autres institutions pouvant être utiles aux marins pêcheurs ». Grâce à cette mobilisation, une quinzaine d’Abris du marin seront ouverts en France entre 1900, le premier en février de cette même année à Le Guilvinec, et 1952. Des lieux d’accueil qui seront principalement établis en Bretagne.

Rapidement, la municipalité de Fouras s’intéresse à cette initiative. Le docteur Emile Boutiron, maire de la commune de 1896 à 1908, écrit ainsi une lettre au ministre de la Marine Jean-Marie de Lanessan en date du 20 mars 1900 afin de formaliser une demande de subvention
pour la création d’une maison de ce type à Fouras. Une aide finan
cière va rapidement être débloquée. Un premier Abri ouvre ses portes à l’angle de la rue Bellot et de la place Vauban, à proximité du port Sud, le 18 août 1901. Le 25 juillet 1902, l’inauguration officielle de l’Abri et de la mairie, la même qu’aujourd’hui, est organisée. Le 11 mai 1905, l’Abri déménage. Direction… l’ancienne mairie. Deux maisons accolées, louées auparavant par la municipalité, sont achetées par l’Assistance Rochefortaise à Mme Béhu. Une maison encore visible aujourd’hui puisqu’elle est désormais occupée par la médiathèque, rue du général Bruncher.
Dès son ouverture, l’Abri du marin est un succès. « Il est fréquenté assidument par une centaine de marins », peut-on lire dans la presse locale de l’époque. Des jeux de toutes sortes sont à la disposition des pêcheurs ; des auditions de phonographe y sont fréquentes ; on y fait de la musique, on y chante. On s’y instruit aussi […] Les jeunes sont réunis pour leur enseigner le pilotage, à pointer la carte, à faire les noeuds les plus en usage dans les chaloupes. […] Nos salles sont confortables et bien chauffées ; les hommes s’y sentent chez eux et s’y trouvent bien. Notre bibliothèque renferme un grand nombres de livres ». Comme on peut le lire, c’est un succès !

 

Une école, un musée
Toujours dans cette volonté d’apporter davantage aux marins pêcheurs, une troisième maison s’accolant aux deux autres est également acquise par l’Assistance Rochefortaise en 1910.

Grâce à cet agrandissement, un musée de la pêche, l’ancêtre du musée régional installé à partir de 1956 dans le fort, est créé. Il rassemble des objets ayant trait à la pêche maritime et fluviale, mais également certaines curiosités provenant des colonies et de l’outre-mer.

Une école de pêche va aussi ouvrir ses portes avec parmi les professeurs l’ancien maire Emile Boutiron, auteur de l’Hygiène du marin pêcheur, et le docteur Burot, fondateur de l’Assistance Rochefortaise. L’année de son ouverture, 42 élèves seront inscrits. Malheureusement, la Première Guerre mondiale arrive en 1914. L’Abri est alors réquisitionné pour servir d’annexe de l’hôpital auxiliaire militaire de l’Hôtel du Parc, l’ancien casino. Rapidement, les hommes étant partis en nombre, professeurs et élèves sont moins nombreux. « Les subventions et le charbon manquent », liton dans la presse. Finalement, en 1920, l’école ferme ses portes.
A l’aube de la Deuxième Guerre mondiale, l’Abri du Marin tire le rideau à son tour, alors que dans le même temps les marins pêcheurs se font de plus en plus rares. Le bâtiment est racheté par la municipalité en 1938, pour transformer les lieux en musée puis en médiathèque. Durant presque 40 ans, cet Abri du marin aura servi de refuge, de lieu de vie, d’échange, d’école. Si l’on tend l’oreille contre ces murs qui existent encore, il est sûrement possible d’entendre nombre d’histoires de marins, de pêches miraculeuses ou de journées mortes, de tempête, mais aussi de drames. Ce lieu aura été le témoin d’une transition entre un village qui aura vécu de la pêche pendant des millénaires et l’arrivée des premiers touristes. Ecoute camarade, écoute, le bruit de la mer et de ses filets de pêche que l’on remonte à bord résonne encore.