Le site du Fâ

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Voilà plus de 5 000 ans une douce plaine, placée

en bordure de la Gironde, accueillait des hommes. Remplacés ensuite par les Gaulois, puis les Romains

ce site a sans doute compté jusqu’a 4 000 habitants avant de décliner.

Pourquoi, il y a plus de 5000 ans un groupe d’hommes s’est-il installé ici et pourquoi, vers le IIe siècle après J.-C., les Romains ont-ils abandonné la ville de Novioregum, nom supposé du site du Fâ mais qui n’est pas encore confirmé ?
Nous ne le saurons sans doute jamais. Mais les questions sans réponses, les historiens n’aiment pas ça ! Alors, malgré les difficultés,
ils tentent de répondre à ces deux questions mais aussi de raconter l’histoire de ce site grandiose.

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5 à 7 000 habitants
Sur ce site, lorsque vous passez en voiture, il faut bien avouer que l’on a le sentiment qu’il n’y a plus grand chose à voir... Et bien c’est faux ! Il vous suffit de franchir le portail, de pousser la porte du musée pour comprendre à quel point le site est immense et cache encore bien des mystères. « Actuellement, on ne peut visiter que 1,7 hectares sur les 3 hectares qui ont été fouillés, précise Olivier Chanoit, directeur du site. Mais selon nos estimations, l’ensemble de la ville doit faire 40 hectares. A son apogée, au IIe siècle, le site du Fâ devait compter de 5 à 7 000 habitants. »
Depuis les années 90, plusieurs campagnes de fouilles successives, il y en a environ trois par an de trois semaines chacune, tentent de comprendre la logique de l’urbanisation des lieux. Actuellement, la partie la plus visible et accessible au public est le temple circulaire, avec au dessus les restes d’un moulin qui n’estpas Romains ! C’est l’un des plus grands de la Gaule. Il a été construit dans la seconde moitié du IIe siècle. Il devait constituer un monument d’une quarantaine de mètres de haut, que devaient apercevoir de loin les marins naviguant sur la Gironde. Autre bâtiment visible, les fondations des thermes. Aujourd’hui le parcours de visite proposé, ponctué par une signalisation discrète, permet de suivre les pas d’un Romain allant aux bains. Il est ainsi possible de traverser l’ensemble des pièces de ce bâtiment, y compris les salles de services.


Un théâtre, des entrepôts, une grande avenue...
Le reste du site n’est pas encore en libre accès, mais des visites guidées permettent de s’y rendre. Vous pourrez ainsi imaginer le théâtre. La reprise des fouilles archéologiques durant l’été 2007 a permis de déterminer l’emprise du monument. Elles révèlent un édifice de spectacle de 81 m de diamètre à l’architecture soignée. Ces dimensions s’inscrivent dans la moyenne des théâtres du sud-ouest de la Gaule romaine. Sa capacité est estimée entre 5000 et 6000 spectateurs. Après son abandon, probablement au cours du IIe siècle, le théâtre a servi de carrière de pierre jusqu’au début du XXe siècle, comme le souligne notamment un article de journal dénonçant la démolition des « restes de maçonnerie romaine du théâtre de Talmont pour empierrer les chemins » ! Mais sa désaffection ne signifie pas qu’il n’était plus fréquenté : de nombreuses céramiques du Haut Moyen Age (VI/VIIe siècles) ont été mises au jour dans l’aile orientale de l’édifice.

Le site du Fâ comprend aussi une large place aux entrepôts qui permettait de stocker les marchandises. Ils se trouvent eux aussi à proximité du grand sanctuaire. Ils couvrent plusieurs milliers de mètres carrés. Ils s’organisent autour d’une vaste cour centrale bordée de portiques sur quatre côtés desservant de vastes cellules. L’édifice a connu une longue période de fréquentation et plusieurs remaniements.
 

Le déclin

Dernièrement, les fouilles ont également permis de mettre à jour une grande avenue de 500 mètres de long, des quartiers d’habitation... « Il reste encore énormément de choses à découvrir, s’enthousiasme Olivier Chanoit. Conscient cependant que la tâche est immense. Par exemple, nous ne savons pas exactement où se situait le port, même si nous en avons une idée, aucune fouille sérieuse n’a encore permis de lever ce mystère. »
Et l’un des mystères les mieux conservés est sans doute la raison du déclin de Novioregum. Aucune trace écrite ne permet de le savoir avec exactitude. Changement des itinéraires commerciaux ? Envasement du port ? Une succession d’instabilités politiques dues au déclin de l’Empire Romain ? Invasions ? Difficulté à protéger le site en cas d’attaque ? Epidémie ? De nombreuses hypothèses sont avancées. Seule la poursuite des fouilles permettra peut-être un jour de percer ce secret et de donner définitivement un nom à cette ville antique.