Le balnéaire à Royan,

une architecture assignée à résidence

© D. Pacaud

Atmosphère nostalgique, effet « vintage » ou modernité déjà périmée, l’architecture royannaise ne laisse personne indifférent. En effet, le patrimoine de Royan, par l’ancienneté de la vocation touristique de la ville, témoigne d’une évolution continue de l’architecture balnéaire, des années 1850 à nos jours. Bien que l’on puisse croire qu’il s’agisse d’une ville faite de villas, Royan ne procède apparemment d’aucune homogénéité stylistique.

 

Un premier coupable, l’histoire
Cette diversité architecturale témoigne d’une histoire tourmentée, émaillée par deux reconstructions. Depuis la naissance en 1956 du premier lotissement en bord de mer à Pontaillac, jusqu’à la moderne reconstruction de la ville de 1948 à 1962, suivant les plans d’urbanisme de Claude Ferret, Royan sera, à plusieurs reprises, à la pointe des stations balnéaires de la côte atlantique.

Elle présente ainsi un raccourci significatif de l’histoire de l’architecture privée de la villégiature des bains de mer. Mais elle est surtout l’exemple unique en Europe, d’une ville où se côtoient l’éclectisme d’une architecture du XIXe siècle et la touche de fantaisie d’une architecture balnéaire des années 1950, fortement inspirée de la variante tropicale de l’architecture moderne que proposent les Brésiliens.

© Gérard Moine
© Gérard Moine
© Gérard Moine

Un sacré caractère : accusée, la villégiature
Inscrites dans la ville contemporaine, ces villas royannaises ont su résister au temps tout en gardant leur propre identité. Répondant à des styles, des besoins, des audaces et des inspirations personnelles, elles portent en elles l’histoire de leurs propriétaires et de leurs architectes, mais pas seulement. Une seule chose n’a pas varié à Royan au fil du temps, c’est bien la fonction première de la ville, accueillir les baignassouts2. Laissant de côté monuments, équipements publics et collectifs, nous allons essayer de découvrir au fil d’une promenade comment ces disparités et cet éclectisme répondent finalement à des fonctions bien similaires, que ce soit au XIXe, comme au XXe siècle.

 

Une vie à l’extérieur : premier témoin, la veranda
L’un des credo de la vie balnéaire, est en effet d’ouvrir les constructions au maximum afin de profiter des bienfaits du climat dans un souci hygiéniste et salutaire. La véranda est présente partout : elle agrémente et prolonge de nombreuses villas. La terrasse couverte, mais ouverte,
est un bon moyen de respirer l’air marin, tout en restant protégé des embruns ou du soleil trop ardent. Ce thème n’a pas cessé d’être réinterprété. Sous forme de belvédères, puis de toits terrasses, de balcons, puis de loggia et de coursives plus tard.

 

Un pacte avec la nature : deuxième témoin, le jardin
A travers le Parc, imaginé comme un jardin à l’anglaise, avec ses rues sinueuses et son couvert végétal, le jardin adopte une fonction sociale et de régulation thermique. En effet, l’environnement boisé est un des fondements de la station. L’entourage de la villa fait l’objet de soins attentifs, du jardin à la clôture, en passant par portails et portillons. Celle-ci est généralement en retrait par rapport aux limites des parcelles, la hauteur et la nature végétale des clôtures sont réglementées. La plantation et la conservation des essences existantes ont toujours été privilégiées, dès le XIXe siècle.

 

 

© Gérard Moine
© Gérard Moine

Pas de quartier pour l’indifférence :

un procureur zélé, la notoriété

Avec l’essor de la villégiature et les désirs de paraître de la clientèle,aisée comme modeste, on va assister à une course à la personnalisationde chaque villa. Architecturalement, cela se traduirapar l’éclectisme : vont se multiplier les constructions pittoresquesou fantaisistes, élaborées avec des matériaux, éléments décoratifset polychromie très divers. Cette grande variété permettra derépondre aux désirs de personnalisation et de se démarquer deson voisin en affirmant l’individualité de son habitation.

 

Une réconciliation annoncée : les frères ennemis acquittés

Aiguiser son regard sur l’architecture royannaise permet de découvrir,à travers ces détails qui ont tous une fonction, que denombreux points communs réunissent ces styles architecturauxqu’en apparence on se plaît à opposer. Ces liens découlent de lafonction balnéaire de la ville et de l’évolution architecturale de lavillégiature des bains de mer à travers époques et styles de vie.

Véronique Willmann, histoire et médiation
de l’architecture, association Artichem.

© Gérard Moine

RENSEIGNEMENTS ET PLUS SI AFFINITÉS
Des études transversales ont été développées récemment dans les ouvrages suivants :
Toulier Bernard, Architecture et urbanisme : villégiature des bords de mer, Editions du patrimoine.
Delorme Franck, Soulac sur mer, 5 itinéraires de découverte, Editions Le Festin.
Grâce à des expositions, publications, visites et animations, professionnels et bénévoles de la ville de Royan sensibilisent touristes et habitants à l’architecture de ces maisons qu’ils côtoient, qu’ils habitent parfois ou qu’ils ne connaissent peut être pas encore...
Service Culture et Patrimoine Ville de Royan : 05 46 22 55 36
Société des Amis du Musée de Royan : amismuseeroyan@gmail.com
Association Artichem :
artichemassociation@gmail.com