Le plongeur devenur artisan

© D. Pacaud

Enfant, Jérôme Clochard se voyait déjà artiste.

Mais avant de goûter à cette vie là, le Fourasin d’adoption est passé par la Marine nationale.

Après quinze ans à plonger dans toutes les mers
du monde, l’ancien militaire a osé une reconversion.

 

Atelier Jérôme Clochard. © D. Pacaud
Atelier Jérôme Clochard. © D. Pacaud
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Création festival José Cando.© D. P.
Création festival José Cando.© D. P.
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Chantier pose piscine. © J. Clochard
Chantier pose piscine. © J. Clochard
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Atelier Jérôme Clochard. © D. Pacaud
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Atelier Jérôme Clochard. © D. Pacaud
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Atelier Jérôme Clochard. © D. Pacaud
Atelier Jérôme Clochard. © D. Pacaud
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Le rêve peut devenir une réalité. « Dès mon plus jeune âge, j’étais attiré par les choses artistiques comme la peinture, la photographie, le dessin, la sculpture, que je pratiquais d’ailleurs », raconte d’entrée Jérôme Clochard, comme pour expliquer ou s’excuser de sa reconversion pour le moins atypique. Il est vrai qu’avant de devenir mosaïste, le jeune homme décide à 21 ans de s’engager dans la marine nationale, spécialité plongeur. « A l’époque, j’avais envie de voyager, de découvrir le monde. Et sincèrement, je ne savais pas vraiment comment ou quel métier artistique choisir », raconte l’ancien militaire.

Pendant près dequinze ans, il va parcourir le globe. « Basé à Toulon puis à Brest, mon travail consistait à plonger afin de vérifier les installations et les coques des navires », détaille Jérôme Clochard.

 

Le souvenir des plages de Charente-Maritime

Malgré son métier, il n’oublie pas pour autant ses premières amours. En 2001 vient l’heure de la reconversion. Dans un premier temps, il s’essaye dans une entreprise de rénovation de bâtiments. C’est lors de cette expérience professionnelle qu’il découvre le métier de carreleur. Il poursuit ensuite par un stage découverte de la mosaïque afin d’affiner son choix. Maintenant, il en est persuadé : il sera mosaïste. « Ce métier concilie à la fois le côté artisan, avec le travail des mains, de la matière, et un aspect artistique, plus créatif. »

Mais où s’installer ? « Enfant, je venais régulièrement sur les plages de Charente-Maritime, car mon grand-père paternel était médecin de campagne dans le département des Deux-Sèvres », se souvient-il avec plaisir. La région est agréable, proche de la mer et surtout, le diplôme de carreleur de l’Afpa (Association pourla formation professionnelle des adultes) de la Rochelle propose une option mosaïque en fin de formation. A 35 ans, il va donc débuter une deuxième carrière professionnelle. En se baladant dans les environs de La Rochelle, pour trouver un endroit où poser son baluchon, Jérôme Clochard tombe sous le charme de Fouras.

« De suite, nous nous sommes dit avec ma femme que c’était le lieu idéal. » 7 mois plus tard, toujours en 2001, le voilà diplômé d’un CAP de carreleur. Seule ombreau tableau, au cours de son apprentissage l’option mosaïque est supprimée. Qu’importe. Direction Paray-le-Monial en Bourgogne, pour une série d’apprentissages à la Maison de la mosaïque contemporaine, une référence. Pourtant, malgré une solide formation, les débuts ne sont pas des plus simples.

Qui pour faire confiance à un ancien militaire, reconverti à 35 ans, dans un domaine quasi confidentiel ? « Au bout de deux ans, nous avons été obligés de revendre notre première maison à Fouras pour en acheter une deuxième plus petite, avec un coin atelier », se remémore-t-il. Qu’importe.

Preuve de la reconnaissance de son professionnalisme, voilà qu’il donne des cours à la Maison de la mosaïque contemporaine. « Même après 4 ou 5 ans, nous étions donc en 2006, je me demandais encore si j’avais fait le bon choix. » Finalement, sa patience, son obstination mais surtout son talent lui permettent dorénavant de vivre de sa profession. Son temps, il le partage dorénavant entre des travaux de restauration qui l’ont amené sur des chantiers comme le Printemps Haussmann, le ministère de l’Agriculture, l’Opéra comique à Paris, ou encore la Vierge à l’enfant de l’église de Coulange-sur-Charente ; et la création, essentiellement pour des hôtels. Et lorsqu’il lui reste quelques heures de libres, Jérôme Clochard aime aussi créer des oeuvres davantage contemporaines.


600 euros le mètre carré
Pourtant il est vrai que l’art de la mosaïque ne s’adresse pas à n’importe quel quidam. Avec un tarif avoisinant les 600 euros le m2, ajoutez à cela une image un peu vieillote malgré l’extravagance en début du XXe siècle de l’architecte Gaudí et son fameux parc Güell à Barcelone, la mosaïque demeure dans un espace confiné.
« Pour donner du volume, de la profondeur, on peut jouer sur les couleurs, l’espace entre les tesselles, ainsi que leur taille », énumère le mosaïste, qui cherche à rajeunir son métier. Même si toutefois la technique, mise au point par les Italiens, n’a pas énormément évolué. D’ailleurs c’est de Venise que proviennent les tesselles qu’il utilise. « Les Italiens sont les maîtres de cet art », affirme-t-il. Et les Français ? On serait tenté de l’affirmer en contemplant les réalisations de Jérôme Clochard.