L'irréductible atelier

Patrice Charbeau est ce que l’on pourrait qualifier d’artisan à l’ancienne. Sa passion ? Le bois mais pas travaillé n’importe comment ! Ce qu’il aime,

c’est prendre son temps afin que les jouets
qu’il fabrique puissent durer éternellement.

 

Le nom du site Internet de Patrice Charbeau résume à lui seul le métier qu’il exerce : marchands de rêves. D’ailleurs, lorsque l’on pénètre dans son atelier, situé à Saujon, même les grands ont les yeux qui se mettent à briller. Il faut ajouter qu’en plus l’homme travaille son personnage, polo rouge et barbe blanche. Pas de doute, le père Noël habite en Charente-Maritime.
Mais avant de gâter les enfants, le chemin a été long. « Au départ, j’ai une formation de dessinateur industriel, complété d’un BTS technico-commercial», raconte-il amusé par ce passage. Mais finalement à 25 ans, autodidacte, il décide de se lancer dans la menuiserie. Pendant une quinzaine d’années, avec sa petite entreprise de cinq salariés, il va construire escaliers et charpentes...
Mais la lassitude le gagne « Avoir cinq semaines de vacances par an, passer son temps à courir, j’en avais marre, confie Patrice Charbeau. Cette course incessante aux profits, à l’argent ne me convenait plus. »


Reconversion osée
Pourtant à plus de 45 ans, la reconversion peut être difficile. Bien sûr depuis quelques années, il confectionne des jouets pour ses enfants. Et puis, il fabrique aussi des trophées en bois pour le club de rugby. Mais à l’heure de la consommation rapide, des jouets en plastique et de la concurrence internationale, se lancer seul est un pari risqué.
Même si le nombre d’artisans fabriquant des jouets en bois doit se compter sur deux mains en France, il ne renonce pas. « J’aime l’intérêt qu’apporte le travail à l’ancienne, de faire revivre d’anciens jouets. J’utilise essentiellement des bois des environs, du platane, du chêne. Même si au total, je me sers d’une soixantaine d’essences différentes. Ici, on n’est pas dans une usine. » Et il est vrai que pour fabriquer ses jouets ou autres objets en bois, Patrice Charbeau sait prendre son temps. Pour une petite boîte à dents, il lui faut au moins 30 minutes de fabrication. Dans son catalogue, on trouve de tout : le traditionnel cheval à bascule, le château fort, divers animaux, des voitures, le petit train et aussi quelques vieux jouets comme la maison à billes ou la viroulette. « Entre la fabrication et la vente, il faut au moins six mois, poursuit l’artisan. Le temps que les teintes à l’eau imprègnent le bois et sèchent convenablement. Grâce au bouche à oreilles, à quelques salons spécialisés, il a trouvé sa clientèle. Et pas seulement ! « J’attire une certaine curiosité, remarque-t-il. Je me suis amusé à compter et depuis 1999, j’ai accueilli 81 stagiaires. » De quoi provoquer des vocations ? « Pas forcément, regrette-il. Le métier est difficile et rapporte peu. » D’ailleurs depuis quelques mois, l’administration a ajouté son grain de sel. Elle lui demande si ces jouets sont aux normes, lui intimant l’ordre de passer des tests... Chaque objet étant unique, c’est un peu compliqué...
Mais pas question pour autant de se reposer. « J’essaie de sortir une quinzaine de nouveautés par an. » Il y a aussi des commandes  spéciales de clients fidèles. « Tous les ans, depuis plusieurs années, un couple d’Allemagne s’arrête chaque été dans mon magasin et prend un jouet pour chacun des trois enfants. La dernière fois, j’ai construit un phare pour eux. » Mais bientôt, l’âge de la retraite va sonner,  alors si vous voulez voir le père Noël, n’hésitez pas à lui rendre visite
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