La chasse à la tonne

© D. Pacaud

Ce soir, tandis que certains se retrouvent devant

un match de foot ou à la terrasse d’un café, Mika, Adrien, Kevin et Fabien se sont donné rendez-vous

dans un lieu atypique où ils passeront toute la nuit :

une tonne de chasse. Commencent alors pour eux
des heures de camouflage et d’observation au milieu

de la nature pour, peut-être, se régaler d’une oie

ou d’un canard.

La chasse à la tonne est une chasse au gibier d’eau de nuit qui se pratique dans certains départements français, notamment côtiers, comme la Charente-Maritime. Ce type de pratique tient son appellation d’un mode de chasse traditionnel usité à partir du 19e siècle. Il consistait à se cacher près d’un plan d’eau dans un demi-tonneau retourné et à tirer sur le gibier qui se posait à proximité au travers d’une ouverture découpée dans le tonneau.

© D. Pacaud

Aujourd’hui, les tonneaux ont été remplacés par des installations en dur appelées tonnes. Enterrées ou semi-enterrées et montées sur pilotis, aux abords d’une mare ou d’un plan d’eau, de taille et d’aménagement variables, elles sont camouflées pour se fondre dans l’environnement naturel qui les entoure. La Charente-Maritime en compte aujourd’hui environ 1 190 , toutes répertoriées et immatriculées et répondant à une réglementation stricte en matière d’environnementet d’urbanisme.

C’est donc dans une de ces cabanes souterraines, à Saint-Laurent-de-la-Prée, en bordure de Charente, que se retrouvent ce soir les quatre copains qui l’ont louée pour la nuit à Mickey, son propriétaire : trois chasseurs et un accompagnant. L’endroit est spacieux et confortable, comme dans une petite cuisine, de quoi patienter pendant une longue période d’affût nocturne. « Le principe, nous explique Mika, casquette vissée sur la tête, est de faire se poser des gibiers d’eau, principalement canards ou oies sauvages sur l’eau et à portée de tir. Cette chasse demande une certaine pratique, de la précision et beaucoup de patience également. »

« Ce qu’on aime avant tout, c’est se retrouver entre copains pour une nuit, discuter, écouter la nature », poursuit Adrien. Une analyse que confirme son frère Kevin, qui est juste venu pour accompagner ses camarades : « Personnellement je ne suis pas chasseur. Mon frère, Mika, c’est un mordu. Il chasse dès que c’est possible. Je n’ai pas du tout envie de m’y mettre. En revanche passer un moment ensemble ici, j’apprécie, c’est pour cela que je l’accompagne parfois comme cette nuit. »
 

L’art du camouflage et des subterfuges
« Il faut tout d’abord réussir à attirer les oiseaux de façon à ce qu’ils se posent sur l’eau, c’est la première étape », poursuit Kévin. Pour y parvenir, nos tonnayres (chasseurs à la tonne) vont avoir recours à divers artifices. « On utilise des appelants pour attirer les oiseaux sauvages: quatorze canards sauvages, trois colverts et deux canes, attachés devant la tonne selon des règles très particulières ; ils nous permettent de faire poser le canard ou l’oie sauvage exactement à l’endroit voulu. Plusieurs leurres simulent également la présence de groupes de canards à proximité de la tonne », précise Adrien.
Une fois installés, le guet va durer toute la nuit. Mais c’est essentiellement à la tombée et au lever du jour que les prises sont les plus faciles. Après... il faudra être patient, car cette chasse n’est pas celle qui donne à ramener le plus de prises dans sa gibecière. « Il faut aimer attendre, observer, pendant des heures. Ce que j’apprécie ici, ce sont les bruits et les odeurs de la nature. On se fond au milieu de cet environnement, comme si nous n’étions pas là, et la nature reprend ses droits. »
Mais en tant que chasseurs expérimentés, ils ont tout le matériel nécessaire en cas d’identification d’une cible : une paire de jumelles à grande visibilité et vision de nuit, ainsi que des fusils semi-automatiques avec cartouches à billes d’acier, équipés parfois d’une lunette de tir de même grossissement que les jumelles pour ne pas manquer l’objectif si rare et précieux.
A l’intérieur de la tonne, il y a deux pièces. Une première, sans ouverture, qui sert de cuisine et où l’on trouve deux couchettes. Puis, un deuxième espace avec un longue ouverture qui se trouve au ras de l’eau.
Et les voici partis pour la longue nuit… Nous les laissons dans le silence et la fraîcheur nocturnes, en espérant qu’ils auront la chance de rentrer au petit matin avec un beau colvert sauvage à cuisiner dimanche midi…

© D. Pacaud